Dimanche 5 avril 2009
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L'Oenothèque Alsace avait organisé en ce 4 Avril 2009 une sortie pour ses membres au
domaine Klipfel à Barr. Le petit groupe a ainsi eu le privilège insigne de se voir offrir une verticale Clos Zisser.
Le déplacement a re-re-re-confirmé, s'il le fallait, que le vin d'Alsace se garde excellement, mais aussi que les
vignerons alsaciens sont d'une grande générosité
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Il faisait beau en ce Samedi matin, nous avons commencé par la visite des caves historiques du domaine.
La partie ancienne comporte tout d'abord une impressionnante rangée de non moins imposants foudres de 200 hectolitres (20 000 litres de vin / tonneau). Ces énormes foudres sont encore utilisés et
font partie du patrimoine familial, le propriétaire des lieux confiant que le travail sur cuve inox est beaucoup plus indiqué avec la vinification actuelle.
L'entretien de ces foudres est un travail pénible, imaginez-vous passer le karcher dans un espace confiné...et le contrôle de température durant la vinification est difficile à réaliser.
L'entretien est réalisé par un des très rares tonneliers encore en activité, il exerce ici à Barr. Les joints de ces immenses foudres sont constitués de jonc, qu'on serre à l'aide d'arceaux, puis
on les remplit d'eau pour vérifier l'étancheïté...ça a l'air simple comme ça, non ? ...humm...
Un peu d'Histoire
Après les foudres, nous découvrons un vrai dédale de cave avec d'impressionnantes rangées de bouteilles de tous âges. On voit ici les bouteilles qui viennent d'être remplies, empilées, puis
casiers avec les vieilles étiquettes des années 70, 60, 50, 40, 30,20...
Durant la seconde guerre mondiale, l'Alsace étant annexée (et non pas seulement occupée). En Alsace, le vin était fait par les femmes, aidées à la vigne de leurs enfants. Le verre
était rare, alors on se débrouillait et les flutes avait des formes et des couleurs différentes, selon ce qu'on pouvait trouver. Le papier était quant à lui tellement rare qu'en
1943 seule une colerette identifiait les bouteilles.
Un jour de 1944, un négociant bâlois (un Suisse donc) acheta une belle quantité de Gewurztraminer 1943. Quelques années plus tard, les Klipfel virent arriver des américains dans la cour, une de
leur bouteilles à la main "C'est bien de chez vous que provient ce vin ?". Se voyant répondre par l'affirmative, les américains en demandèrent encore un autre stock.
En effet, les 200 bouteilles achetées par le balois avaient en fait attéri à Berstesgaden, le nid d'aigle de Hitler. Les officiers Américains, après leur conquête, avaient bu de ce vin
chaque midi à l'apéritif, ils venaient donc en racheter.
Quelques données de base
Le domaine
Klipfel-Lorentz est issu du mariage d'une Klipfel et Barr à d'un Lorentz de Bergheim...à moins que ce ne soit le contraire, en tout cas une chose est sûre : ils eurent beaucoup d'enfants...et de
bouteilles.
Les Klipfel sont des vignerons-négociants, c'est à dire qu'ils achètent un certain nombre de raisins aux vignerons des environs.
Le domaine possède 40 hectares de vignes, dont 14 en Grand Cru, et les 3,5 Hectares du Clos Zisser, exclusivité de la famille sise sur le Grand Cru Kirchberg. Le Clos Zisser est
l'un des "clos" reconnus comme tels.
"Kirchberg" veut dire colinne aux cerises. Il s'agit du coteau situé directement derrière le village, assez raide et d'une grande surface. Klipfel et Wolfberger en sont les plus gros
propriétaires. Le Clos Zisser en est le fleuron.
Klipfle emploie 40 personnes et produit 1,6 millions de bouteilles par an.
Dans les casier du fond sont entreposées les belles bouteilles datant de la guerre
Situation économique
La discussion s'engage aussi sur l'état de l'économie de la branche viticole. Ici aussi, on nous confirme que la situation n'est pas rose, bien au contraire : "on ne perd pas de clients,
(restaurants, distributeurs et particuliers) mais les clients en font moins".
Ici, on travaille pas mal avec la restauration et les affaires d'alcoolémie liées aux brasseurs et aux restaurateurs ont fait beaucoup de mal à la profession.
Le raisin alsacien va pour 1/3 aux vignerons metteurs en bouteille, 1/3 aux négociants et 1/3 aux coopératives.
En Alsace a lieu l'éternelle guerre entre les metteurs en bouteille et les récoltants. En
effet, les cours des raisins fluctuent selon une loi très naturelle du rendement. Les années à fort rendement, les cours chuttent. Les négociants sont alors gagnants. Les années moins fastes pour
les raisins font le bonheur du vigneron-revendeur. Ici chez Klipfel, on regrette qu'une plus grande stabilité n'ait jamais été mise en place, avec peut-être des variations moindres, car par
nature la viticulture est cyclique.
Ensuite, des phénmènes irrationnels se produisent même dans les cours du raisin. Par exemple, le cours du Sylvaner a fait un bond de 38% en deux ans. Personnellement j'aimerai
avancer que les nombreux arrachages ont peut-être mené à ces cours-là ?
La dégustation
Je ne suis pas un bon dégustateur, une fois de plus je rappelle la subjectivité de mes notes. Je vous inviterai à lire
lorsque publiées les les notes plus précises et complètes de Thierry ou de Stéphane.
La mise en jambe avec des vins récents nous a fait saisir les caractéristiques profondes du GC Kirchberg : un beau toucher de bouche, une grande suavité, une belle minéralité.
J'ajouterai une certaine légèreté, au très bon sens du terme, et des belles longueurs...ça promet! Et ici aussi, le terroir transcende le cépage.
Puis nous avons eu le plaisir et le privilège de déguster les 13 vins anciens TOUS ISSUS DU CLOS ZISSER :
1 - Sylvaner 1947
Nez superbe de vin ancien évidemment, de fruits cuits, mentholé, et surtout un nez très présent ! En bouche ce vin est incroyablement cohérent avec son nez, c'est une suite logique que bien des
vins actuels devraient avoir. Un côté un peu de fleurs médicinales fraiches et plaisantes. Trop jeune !
2- Muscat 1947
C'est un Muscat vieux, avec toute la fraicheur qui s'y rapporte et son côté floral. La bouche est idem avec des notes de fromage lavé aux noix, fumé.
3 - Riesling 1942
Le nez promet plus de sucrosité, la bouche est bien grasse, belle acidité, même encore une belle amertume, encore un vin trop jeune ? en tout cas une belle longueur, toujours et encore.
4 - Tokay 1942
Premier nez de liqueur de porto, puis en remuant arrivent de partout, le nez est subjugé et noyé sous les sensations, avec une dominante de caramel. En bouche, on trouve un superbe tokay comme
on n'en trouve plus, complet et complexe, très frais, encore ce doucereux caramel au lait, et unee fraicheur incroyable.
5 - Tokay 1945
Encore un superbe premier nez riche et complexe, très expressif, d'où ça vient ? fruits confit - je devine à mes notes - et puis en bouche une superbe équilibre, vin en largeur comme beaucoup
de Clos Zisser, encore le menthol et le caramel, l'alcool et la longueur.
6 - Gewurztraminer 1972
Encore un premier nez très expressif sur la vanille, légèrement boisé et même un fond de balsamique. Le nez est à l'avenant avec un peu de notes d'asperges, la bouche n'est pas très
expressive.
7 - Gewurztraminer 1969
Premier nez sur le nougat, fumé. Le deuxième nez est très nettement sur la crème aux
oeufs (hmm j'adore), beurré, fumé. En bouche, c'est frais, léger, pas typé.
8 - Gewurztraminer 1964
Vin beaucoup trop jeune, c'est une merveille, rien à dire, c'est parfait, très gewurztraminer et on en reprend immédiatement; Pas de discours possible pour ce vin. Une tuerie.
9 - Gewurztraminer 1971
Au premier nez les fruits confits et le
côté floral, le nez idem avec une pointe d'asperge (probablement le verre du N°6 pas bien rincé), en bouche ce vin est trop jeune avec un peu de fumé.
10 - Gewurztraminer 1959
Premier nez frais et citronné, deuxième nez plus floral, en bouche c'est un vin en
largeur plaisant et gras, avec de l'alcool et d'une belle longueur.
11 - Gewurztraminer 1976
Encore une robe à tomber, brillante et nette, un premier nez superbement fumé, en bouche c'est fondu, mais ça reste d'une fraicheur...
12 - Gewurztraminer 1943
et 13 - Traminer 1943
Nous avons pu déguster côte à côte ces deux cépages d'une époque où les deux se cotoyaient. Le traminer était plus bu dans les bistrots et remportait un france succès. les deux cépages
n'auraient pas de lien de parenté directe, le Traminer serait le cousin du klevener de Heiligenstein, Savagnin d'Alsace en somme. A la dégustation il est très clair ce le Gewurztraminer est
nettement plus fin que le Traminer, plus massif, plus un breuvage vineux simple.
La passion réunit les hommes.
Merci à la famille Klipfel de nous avoir
offert un superbe moment. Ces moments-là ne s'achètent pas, ils se partagent entre personnes ayant le sens de l'Histoire et le respect de la Terre.
Merci à Thierry Meyer de nous avoir permit d'aller à la rencontre des vignerons et de leur Histoire, la notre aussi au travers des vins.
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J'ai été touché de remonter le cours du temps justement à Barr, pour des raisons familiales. C'est un sensation unique
qui n'a plus grand chose à voir avec l'oenologie de base que de toucher l'Histoire au travers des vins des anciens.
Par EricL
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Publié dans : Alsace / Chez les Vignerons
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